Réflexion sur le terrain environnemental propice au développement du syndrome de l’imposteur

coach professionnel

Si nous prenons du recul sur les mouvements sociétaux et environnementaux depuis un siècle, il n’est pas étonnant de voir apparaître de plus en plus de personnes empêtrées dans un syndrome de l’imposteur. En effet, les repères se bousculent et notamment au niveau de la figure d’autorité au sens large, qu’il s’agisse de la famille, de l’entreprise, de politique, etc… Nous sommes dans une vague de changements (industrialisation, progrès de la médecine, développement des villes, évolution de la forme de la cellule familiale ainsi que des rôles de chacun au sein de la famille) vers un autre mode de fonctionnement, moins pyramidale, hiérarchique, paternaliste, et plus responsable, équitable et respectueux des différences individuelles. Mais, là est la théorie. A ce jour, nous sommes plutôt dans la phase « brouillon » ou « entre-deux », où l’on a défait des repères et où les nouveaux sont en construction.

Les années 1980 ont été notamment marquées par l’émergence des « impératifs de performance, de réussite individuelle et de réalisation personnelle » (Vincent de Gaulejac), fixant ainsi un objectif idéal de bonheur sur tous les plans : dans sa vie personnelle, professionnelle, dans son corps, dans sa tête… Cette « idéologie de l’excellence » créé une forme de culpabilité chez ceux qui n’atteignent pas cet idéal ou ne croient pas pouvoir l’atteindre, avec le renforcement de la croyance de ne pas être à la hauteur. C’est dans cette évolution que CLANCE & IMES ont d’ailleurs mis en évidence le fonctionnement du syndrome de l’imposteur.

Pour expliquer cette entrée dans la culture de la performance, relevons que le pouvoir a changé de forme au niveau de notre société. Nous sommes passés d’un système de puissante autorité où, quel que soit le champ d’application, le « pater familiae », au sens symbolique et réel, faisait loi, prenait la fonction du Maître pour indiquer les règles, le sens de la direction à suivre et imposer les punitions liées aux transgressions. Suite à l’enchaînement de diverses évolutions socio-politiques, notre société actuelle fonctionne différemment ; aujourd’hui, nous ne sommes plus dans la culture du « Chef de Meute » mais, dans la culture de la discussion et de la négociation, dans la répartition du pouvoir entre les individus et la responsabilisation de chacun dans son propre rôle. En soi, il n’y a pas de négatif dans l’intention de cette évolution libertaire.

Non, rien de négatif si chacun prend naturellement sa place, sa responsabilité ; or, il semble que l’objectif de libérer positivement les individus nous a amenés à passer par une étape où chacun, en tant que « chef » – de famille, d’entreprise, de groupe, de sa fonction,… de sa propre place quelle qu’elle soit en somme – a démissionné de sa fonction ou n’a pas su comment l’incarner ou, peut-être encore, a été délégitimé par l’environnement.

Aujourd’hui, être le chef et faire le chef peut être mal vu, critiqué, le dirigeant (chef de famille/père/mère/chef de sa propre vie/de ses pensées/de ses désirs,…) peut vite passer pour un dictateur égoïste s’il pose ses règles. A force de repousser les limites de l’inacceptable, nous semblons les avoir supprimées totalement, créant un environnement avec des règles cachées ou confuses, non contenantes pour les individus en perte de repères signifiants, et amenant, en toute logique, à se construire des repères idéalistes.

Quelle incidence psychologique est-ce que cela a ? Dans quelles adaptations individuelles et groupales ce changement nous emmène-t-il ? Et quel est le rapport avec le sujet du syndrome de l’imposteur qui nous rassemble aujourd’hui ?

Nous avons vu que nous sommes passés d’un mode : « Je suis puni car je n’ai pas respecté la règle posée par le Maître » à un mode : « Je me sens mal car je ne me sens pas conforme à ce qui est attendu de moi, sans vraiment savoir ce qui est attendu de moi car non formulé. » La culpabilité est essentielle dans la structuration du psychisme, mais nous sommes passés d’une culpabilité d’avoir fait à une culpabilité d’être, ce qui fournit le terrain de développement du sentiment de honte.

« C’est un facteur de socialisation qui favorise l’intériorisation des normes et de la culture dans laquelle on vit. Si elle ne nous dissuade pas de nous entre-tuer, elle nous conduit à nous questionner sur le sens de l’existence et la finalité de nos actes. En cela, elle nous empêche de considérer comme allant de soi le fonctionnement d’un monde produisant de l’inégalité, de l’injustice et de l’exploitation. » [en parlant du sentiment de CULPABILITE] Vincent de Gaulejac

Ainsi, dans un cadre sociétal plus permissif, libertaire et responsabilisant, le psychisme des individus passe par une phase de chaos angoissant. Or, celui-ci a besoin de repères pour se structurer, quitte à s’accrocher à des repères tyranniques (comme les systèmes de croyances ultra-exigeants par exemple). Nous commençons à comprendre en quoi le syndrome de l’imposteur vient comme une problématique évidente dans le contexte d’évolution sociétal actuel.

Dans ce contexte de pensée collective, ce que je souhaite mettre en avant, c’est le driver latent d’obligation de réussite et de performance, mais sans indication de ce qu’est « la réussite ». La notion de « réussite » est alors laissée à la liberté de toutes les définitions possibles : « Réussir c’est avoir de bonnes notes », « réussir c’est être soi-même », « réussir c’est être le meilleur », « réussir c’est être bien vu », « réussir c’est vivre de telle ou telle manière », « Réussir c’est être satisfait en tout point », etc… Une liberté de définition qui rime avec angoisse de perte de repère fixe.

La forme que nous avons donnée à notre fonctionnement sociétal fournit aujourd’hui une quantité exorbitante d’intolérants à la frustration, incapables de se satisfaire dans le suffisant et de s’estimer suffisamment bon, parce qu’ils n’ont pas été guidés pour, parce que pour guider il semble nécessaire de poser des jalons, des limites, qu’aujourd’hui on s’interdit de poser ou que l’on pose sans conviction en notre légitimité à le faire.

Un terrain des plus favorables à l’émergence du syndrome de l’imposteur et aux problématiques en tout genre liées à l’estime de soi.

(à suivre)

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