LES MÉCANISMES ÉMOTIONNELS

coach professionnel

Comme nous l’évoquions (cf. Article Le syndrome de l’imposteur ou pourquoi je doute d’être qui je suis) dans les caractéristiques psychologiques des personnes présentant un jour un syndrome de l’imposteur (SI), l’anxiété est une modalité permanente, qui est un dérivé de l’émotion de peur.
Rappelons que les émotions sont des réactions naturelles provoquées par la confrontation à une situation, interne ou externe, et à son interprétation. Elles ont une fonction d’information, d’expression de la tension interne et d’adaptation ; chacune indiquera l’interprétation du stimulus perçu ainsi que l’impact sur la satisfaction de nos besoins au moment présent.
Par exemple, la colère se déclenche dans des situations de frustration liée à une injustice avérée ou un sentiment d’injustice, ou encore un sentiment d’impuissance ; elle s’exprime pour tenter de modifier la réalité, pour défendre l’individu dans son territoire, son intégrité, pour s’affirmer, être reconnu et avoir une maîtrise sur la situation. Le besoin non satisfait est celui de pouvoir s’exprimer, de se sentir entendu et validé dans son expérience de la réalité. La peur se déclenche dans des situations de danger perçu, elle se manifeste pour nous en protéger et amplifier les réactions adaptatives. Le besoin concerné est le plus souvent, celui de sécurité.

L’anxiété

L’anxiété est une émotion vague et déplaisante qui traduit de l’appréhension, de la détresse, une crainte sans objet. Un mélange complexe d’émotions négatives et de cognitions qui sont surtout orientées vers le futur et qui sont plus diffuses que pour la peur. L’anxiété a pour fonction d’augmenter la vigilance de l’individu, afin qu’il surveille l’approche d’un danger éventuel. Au début du siècle, Pierre JANET définissait l’anxiété comme « une peur sans objet réel ». Il ne s’agit pas ici d’un état généré par une situation réelle au moment présent, mais d’un état généré par une situation imaginée (inspirée ou non d’une expérience vécue) non présente au moment T. L’objet de l’anxiété n’est pas la crainte d’un malheur, mais la crainte de la perte de sens que ce malheur amènerait, de la désorientation et du sentiment d’incapacité que ce temps d’incertitude générerait.
Dans le syndrome de l’imposteur, l’anxiété est le plus souvent expliquée par un type d’attachement insécure anxieux (= face à un environnement qui impose plus qu’il n’écoute les besoins réels de l’enfant, celui-ci ne se sent aimé et reconnu, que lorsqu’il se trouve en situation de réussite) ; elle se manifeste autant lors de la réalisation de tâche – anxiété état – que de manière plus permanente et stable – anxiété trait. Ainsi, dans le SI, l’individu va d’une part anticiper les situations de stress et percevoir les situations comme potentiellement sujettes à le mettre en difficulté, et d’autre part, développer une anxiété quant à l’issue de la réalisation de la tâche.

Les peurs

La peur est une émotion forte éprouvée en présence d’une menace réelle et immédiate ou en pensant à un danger potentiel. Elle naît d’un système qui détecte les dangers et produit des réponses automatiques, augmentant ainsi les chances de survie face à cette situation dangereuse. Elle déclenche une séquence comportementale défensive : le « flight or fight ».

La difficulté qui est crainte dans le syndrome de l’imposteur est multiple, les raisons de l’anxiété le sont donc aussi et l’individu anticipe de perdre ses repères, de perdre le sens, en se projetant dans les situations suivantes :

  •  La peur de l’échec, largement stigmatisée dans notre culture de la performance, se définit comme le résultat négatif d’une tentative. Le sentiment d’échec serait alors l’interprétation subjective négative du résultat d’une action ; il advient après l’action. Et la peur de l’échec, en tant qu’émotion créée par la représentation anticipatrice de soi produisant un résultat négatif suite à la réalisation d’une action, émerge avant l’action. Cette peur de l’échec vient conjointement au désir de réussir. Nous pourrions même énoncer que l’intensité de la peur d’échouer est influencé positivement par l’intensité du désir de réussir.
    Initialement dans le syndrome de l’imposteur, nous ne sommes pas au niveau pathologique de la peur de l’échec (atychiphobie) car la personne n’est pas atteinte dans sa volonté d’action ni dans la mise en action. Mais, cette paralysie peut être une des conséquences de la répétition du cycle de l’imposteur, ce qui rend le caractère suffisamment urgent de l’accompagnement.
    La peur de l’échec peut se manifester par un évitement des situations où la personne estime qu’elle n’a pas les capacités demandées – les situations génératrices de stress négatif – et présentant donc un haut risque d’erreurs ou d’échecs, ou encore par évitement des situations réussies par des membres de son entourage. La peur de l’échec est intimement influencée par la croyance de ne pas avoir l’intelligence, les compétences, les connaissances et les capacités de les mobiliser puis de réitérer un succès.
    Dans le syndrome de l’imposteur, l’échec est perçue comme un risque de montrer ses manques ; il est soumis à des distorsions cognitives :
    – de généralisation c’est-à-dire que la personne va se considérer incompétent dans tous les domaines, au vu d’un échec dans un seul domaine ;
    – d’internalisation : la personne s’attribue l’origine de l’échec sans considérer les influences externes.
    La peur de l’échec peut, in fine, amener à un désengagement complet des actions, étant donné l’incertitude vis-à-vis de ses connaissances, de ses capacités à les mettre en œuvre, et du risque de réussir… !
  • La peur de réussir. Oui, en effet, la peur de l’échec trouve son corollaire dans le syndrome de l’imposteur, au travers de la peur de la réussite. Comme nous l’évoquions dans la première partie, notre culture actuelle prône la réussite, instituant celle-ci comme un driver, c’est-à-dire comme un vecteur de reconnaissance/d’amour, mais sans que l’on s’entende sur un consensus de la forme que la réussite « doit » prendre pour répondre à l’injonction environnante. « Est-ce que je vais « bien » réussir ? »
    Dans le syndrome de l’imposteur, le désir de réussite est fort, ainsi que le désir de prouver ses compétences afin d’éloigner tout doute possible sur ses capacités ; cependant, la personne craint aussi d’être rejetée et alimente la croyance qu’elle sera délaissée et jalousée si elle réussit. A ce niveau, nous pouvons rajouter le sentiment de culpabilité vis-à-vis de la réussite, qui peut être amplifiée par l’environnement de la personne et son rapport au succès – réussite valorisée ou non valorisée.
    Lors d’une réussite, elle ne considère pas avoir les capacités requises, ne s’estime pas digne de cette réussite, et évalue alors, en toute logique, ne pas mériter son succès.
    La personne présentant un SI peut alors facilement associer réussite et anxiété. Le cycle infernal anxieux, déstabilisant sa confiance en soi et son estime de soi, l’amène à douter de sa capacité à réitérer une réussite, à reproduire sa performance sur le long terme, ce qui peut accentuer sa peur de l’échec et sa pression à réussir, vis-à-vis d’elle-même et de l’entourage dont elle imagine les attentes élevées, mais tout autant qu’elle n’est pas à l’aise avec le fait de réussir…
  • La peur d’être démasqué. Ainsi, dans la suite du raisonnement, le sujet ne s’attribue pas la légitimité et les capacités de réussir ; lorsque cela se produit, il est donc logique qu’émerge un paradoxe : « Je ne suis pas digne, je n’ai pas les capacités. » vs « J’ai réussi. » La réponse cognitive qui est choisie n’est pas : « Tiens, si j’ai réussi, c’est peut-être que j’ai des capacités et que je suis peut-être digne de réussir. ». Non. La croyance choisie est : « Cette réussite ne vient pas de moi car je n’ai pas les capacités et je n’ai pas le droit de réussir. Cette réussite est due à autre chose que moi. Mais ! alors ? Cela signifie qu’« On » pourrait me démasquer ??!! » Ainsi, la personne qui s’interdit de réussir et déprécie ses capacités, va attribuer ses réussites à des facteurs externes et cela va éveiller sa peur du regard social, et notamment sa peur d’être découvert, que le regard social pointe sa supercherie, son mensonge.
  • La peur d’être jugé imposteur. Et enfin, dernière peur que nous identifions dans le syndrome de l’imposteur et qui vient subséquemment à la peur d’être démasqué : la peur d’être jugé, par le regard social, jugé coupable d’une imposture que le fait d’être démasqué aurait révélée. Cette peur semble amplifiée par l’attention importante portée à ses actions et comportements, sa forte tendance à l’autocritique et par son besoin de reconnaissance.

Ainsi, coincées entre peur d’échouer, peur de réussir, peur d’être démasqué et peur d’être jugé, les personnes qui manifestent un syndrome de l’imposteur se retrouvent face à un éventail restreint de possibilités de « bien vivre » la situation et mettent en place des stratégies d’adaptation pour faire face à ces tensions internes paradoxales. Mais finalement, pour eux, à quoi ressemblerait de « bien vivre » une situation ?

Réflexion autour de l’Intelligence émotionnelle dans le SI
Progressivement, nous pouvons comprendre pourquoi le mécanisme du syndrome de l’imposteur influent sur l’intelligence émotionnelle, du fait, de porter une attention excessive, d’une part, aux stimuli environnementaux pour se protéger d’éventuels dangers, d’autre part, à tout ce qui les concerne eux (ressentis, comportements, cognitions,…). L’intelligence émotionnelle représente le degré de maturité émotionnelle. La maturité émotionnelle est « la capacité à être en paix avec soi-même, à rester émotionnellement en équilibre, conscient de ses émotions éventuelles sans se laisser emporter par elles. »
Chez les personnes présentant un syndrome de l’imposteur, il semble que l’intelligence émotionnelle soit partielle. Autant les personnes concernées affûtent leurs capacités de repérage des états émotionnels et des changements d’états – car susceptibles de le mettre en difficulté -, autant semblent plus partielles, leurs capacités à interpréter – c’est-à-dire à mettre du sens -, à exprimer et à gérer leurs émotions et les émotions des autres.
Edward E. Morler identifie six niveaux de maturité émotionnelle représentant chacun une façon de percevoir et de réagir aux situations, et ayant ainsi chacun des impacts sur soi et sur le rapport aux autres, comme le figure le schéma suivant.

Voici un récapitulatif des 6 niveaux de maturité émotionnelle en corrélation avec les besoins fondamentaux en référence à la théorie d’Abraham Maslow.

Au regard de ce que nous présentons du syndrome de l’imposteur, nous faisons l’observation que le niveau de maturité émotionnelle n’est pas fixe ; la personne manifeste des attitudes représentatives des niveaux 4, 5 et 6, mais le cycle de l’imposteur (attribution causale externe, sentiment de tromper, peur d’être démasqué, peur d’être jugé d’imposteur) semble plutôt renvoyer aux niveau 3.
Chaque niveau de maturité émotionnelle, important à repérer en séance préliminaire de prise en charge individuelle, amènera à un positionnement particulier et à des interventions ciblées pour orienter l’accompagnement soit en coaching soit en thérapie.
(à suivre)

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