L’ESPACE PROFESSIONNEL: TERRAIN PROPICE A L’ALEXITHYMIE ?

RÉFLEXION ET OUVERTURE

coach professionnel

Par OPHELIE RATSIMBAZAFY

Les émotions font entièrement partie du travail, qu’elles en soient un objet-ressource à exploiter ou une conséquence positive ou négative.

Les solutions semblent aujourd’hui tendre vers une modulation de l’individu au travail, au travers de l’acquisition de techniques pour gérer son stress par exemple, comme si l’on avait baissé les bras face à toute possibilité de remettre en question la modification du travail lui-même. Mais, peut-être pouvons nous envisager cela comme une première étape de changement dans le monde du travail, comme une première prise de distance face à l’activité, centrée sur l’individu, lui permettant de mettre en place un espace psychique pour l’élaboration et l’action. Dans cette phase, la création d’espaces de parole semble indispensable à toute entreprise, même si cela peut amener la hiérarchie, dans un premier temps, à craindre une libération de la pensée vers la réflexion sur l’aliénation, et donc une perte de pouvoir sur l’individu dans le groupe. Peut-être alors une belle opportunité pour les dirigeants et les équipes, de construire un autre mode de management, moins pyramidal, plus responsable. Sortir de la peur, entrer dans l’altérité et la complémentarité : c’est un changement de paradigme à encourager à mon goût.

L’alexithymie est un concept biopsychosocial, trouvant son origine complexe dans divers champs de recherche, et recouvre des composantes émotionnelles et cognitives. Par étymologie, sa définition est l’incapacité à verbaliser ses émotions, ses ressentis ; cliniquement, ce fonctionnement recouvre plusieurs modalités. Ruesch (1948) observait déjà plusieurs expressions de ce trouble, avec « une perturbation de l’expression verbale et symbolique, une faible capacité pour l’imagination, une difficulté à utiliser les émotions comme source d’informations et un conformisme social exagéré. »

Sifneos propose cette terminologie en 1973 en la définissant ainsi : « une vie fantasmatique pauvre avec comme résultat une forme de pensée utilitaire, une tendance à utiliser l’action pour éviter les conflits et les situations stressantes, une restriction marquée dans l’expression des émotions et particulièrement une difficulté à trouver les mots pour décrire ses sentiments. » Nous retrouvons donc dans ce concept l’articulation d’éléments autour d’une sphère affective et d’une sphère cognitive. L’incapacité à verbaliser ses émotions constitue l’élément clé du diagnostic de l’alexithymie ; il signifie la défaillance dans l’accès au langage et à la symbolisation. L’incapacité à identifier ses émotions se caractérise, au niveau clinique, par une confusion courante avec les sensations corporelles ; le sujet va avoir fortement tendance à décrire des symptômes physiques plutôt que des affects. La pauvreté imaginaire se traduit par une activité onirique faible avec un contenu factuel et des fantasmes rares. Les pensées à contenu pragmatique (pensée opératoire), tournées vers l’extérieur, se manifestent cliniquement au travers d’un discours factuel, concret, chargé en détails de faits et de contexte. Rappelons, au travers de cette définition, un point essentiel : les sujets alexithymiques ne sont pas dépourvus d’émotions ou de rêves, mais ils sont dans l’incapacité de les atteindre, de les identifier et de les verbaliser.

L’alexithymie peut être primaire, inhérente à la structure de personnalité de l’individu, ou secondaire, intervenant comme un mécanisme de défense, une stratégie de coping, dans une situation nécessitant l’adaptation de l’individu pour sa survie psychique.

Or, paradoxe de l’alexithymie : bien qu’ayant pour fonction de favoriser l’adaptation à des situations de stress, ce mécanisme augmente la vulnérabilité au stress et aux charges émotionnelles. Cette stratégie de coping fait partie des stratégies d’évitement émotionnel, et au lieu d’apprendre à “faire avec” la réalité d’une situation et bien je “supprime” le problème, je le dénie en me coupant de ce que je ressens (c’est le principe de l’ “Ultrasolution” qu’évoquait Watzlawick…) d’où la vulnérabilité aux charges émotionnelles vu que je n’ai pas développé de compétences personnelles pour y faire face.

Qu’en est il de mon travail actuellement ? Comment favorise-t-il mon expression émotionnelle ? Et de mon côté, comment puis-je changer de posture pour moi-même introduire ce qu’il y a de plus humain et de plus naturel en moi dans mon espace professionnel ? Et qu’est ce que cela pourrait apporter à mon équilibre et à l’équilibre de mon entreprise ?

A suivre à votre manière…

It always seems impossible until it is done.

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